Comment se passait la Noël sur la frontière du Nord-Ouest à l’aube du 19ème siècle naissant? On peut s’en faire une idée grâce à des documents d’archives peu connus, les journaux des commis de postes de traite de la Compagnie du Nord-Ouest.

«Les voyageurs avaient besoin de contrer la solitude des longs mois d’hiver passés dans les postes éloignés du Nord-Ouest. Carolyn Podruchny élabore là-dessus, tout en soulignant le caractère particulier de leurs célébrations, marquées par la dissipation, des bagarres mêmes, mais où «des danses, des violons et des chansons» constituaient des éléments essentiels (1). Noël et le Jour de L’An étaient les fêtes les plus populaires «pour les traiteurs de fourrures», écrit-elle, les autres incluant la Toussaint (1er novembre), la St-André (30 novembre, fête écossaise) et Pâques (début avril) (2).

Au Jour de l’an, on tirait du fusil, avant de se faire payer la traite par le bourgeois avec du brandy, des gâteaux aux pommes de terre et une ration de tabac. On dansait ce jour-là, comme on aimait le faire de temps à autre, le soir. Les cadiens, y compris les métis parmi eux, qui sont généralement reconnus pour leur propension à la musique et à la danse, ne devaient pas donner leur place à cet égard.

Au fort Chipewyan, James McKenzie inscrit dans son journal, le mercredi 1er janvier 1800: «Ce matin avant l’aube les hommes selon la coutume ont tiré deux grande vollées en l’honneur du Nouvel An & ensuite entrèrent pour être récompensés comme d’habitude avec du Rum & c. Quelques-uns d’entre eux pouvaient difficilement se tenir debout avant de sortir. Tel était l’effet du jus de la grappe sur leurs cerveaux. Après le souper où chacun se servit si abondamment que rien ne resta pour les chiens ils eurent un bol de punch. Les dépenses de ce jour pour 14 hommes & deux femmes sont 6½ fathoms Spencers twist, 7 flacons de Rum, 1 de vin, 1 jambon, la valeur d’une peau [de castor] de viande séchée, environ about 40 poissons blancs, farine, sucre &c &c».

(Les trois derniers paragraphes sont tirés de Cadiens et voyageurs, chaptre 5, pages 140-141)

Le même passage du journal de McKenzie nous apprend les noms des voyageurs présents dans le poste ce jour-là: Labrie, St-André, Parenteau, Dusablon et Lambert. Aucune mention de femmes ou d’enfants, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en avait pas.

note1: PODRUCHNY, Carolyn, Les voyageurs et leur monde,Septentrion,p.173.
note2: ibid, p.170.