Dans la paisible Nouvelle-France du début du 18ème siècle, quelques « chicanes » survenaient de temps à autre. En voici une où la paroisse de mes ancêtres Ferland paraît plutôt mal.

Le 10 octobre 1707, le Conseil souverain prend une mesure pour régler un différend entre Jean Côté, de la paroisse Saint-Pierre, en l’île Saint-Laurent (D’Orléans) et «Philippe Noël, fermier du moulin bâti en la dite paroisse ».

Côté soumet une «requête contenant qu’il y a environ trois ans que la dame de Laforest a fait bâtir ledit moulin, que pour faciliter le Cours de la Rivière ferrée d’où elle tire l’eau nécessaire pour ledit moulin elle lui a fait changer son Cours d’environ dix-huit à vingt arpents, laquelle quantité de terre lui appartient, que comme ces fossés coupent sa terre et ont environ vingt à trente pieds de profondeur par endroits et quarante à cinquante pieds de largeur. »

Première surprise: les fossés sont très très profonds…et très très larges, une vraie rivère en somme. Poursuivons:

« Le Cours de ladite Rivière dégrade de temps en temps et fait périr sa terre sans que ladite dame y apporte aucun remède quelque plainte qu’il lui en ait pu faire, outre qu’il y a encore une autre incommodité causée par le chemin ou passent les gens de pied et les harnois avec les chevaux, lequel chemin est borné d’un côté par sa terre, lequel il a entretenu de clôtures jusqu’à présent le mieux qu’il lui a été possible,..« 

Primo, Côté perd sa terre petit à petit. Secundo, il y a foule sur ce qui en reste. Quel spectacle! Continuons:

« ..mais comme la maison ou il demeure d’ordinaire avec sa famille est éloignée d’environ vingt-deux arpents il lui est très difficile d’empêcher les habitants qui Vont et viennent audit moulin de rompre ses clôtures, d’entrer dans ses prairies et terres ensemencées, et même de forcer sa grange pour y mettre des bestiaux qui la remplissent de fumier pendant l’hiver, sans que le meunier de ladite dame ni ses gens apportent aucun remède pour l’empêcher(…)« 

Ah! vraiment, ça dépasse les bornes. Ces habitants là, en somme, sont les Ferland, les Poulet, les Paradis, tous gens de mon clan ancestral. Quelle honte….Finissons:

« … le Conseil (..) ordonne que Guillaume Guérin meunier dudit moulin sera tenu de fermer la barrière du chemin qui conduit de la grève audit moulin, ce qui sera aussi fait par les habitants qui passent par icelle à peine de demeurer responsables des dommages et intérêts dudit Côté, (..)  que ledit Philippe Noël entretiendra les clôtures dépendant dudit moulin et que le présent arrêt sera lu publié et affiché à l’issue de la grande messe de ladite paroisse Saint-Pierre à ce que personne n’en prétende cause d’ignorance.»

Pas sûr que les « vilains » habitants ont respecté la fermeture de la barrière ou la réfection des clôtures…

Sources: TP1,S28,P8562, Fonds du Conseil souverain, Jugements et délibértions, BAnQ Québec