La carte ci-dessus montre un secteur de Nouvelle-France où à travaillé, au 18ème siècle, un personnage très particulier. Son histoire sera racontée en 2 parties. La 1ère, objet du présent article, s’est déroulée avant qu’il se rende dans l’ouest.

 Louis Denys de la Ronde, officier dans les troupes de la Marine, était par ses parents et grands-parents d’une famille importante dans l’histoire de la Nouvelle-France.

Il entre au service de la marine comme garde-marine à Rochefort, France, en 1687. Au cours des 20 années suivantes, il va participer à deux campagnes, une en Irlande et l’autre en Angleterre, puis à huit campagnes en Nouvelle-France, le long de la côte atlantique où il deviendra très familier avec les côtes de la Nouvelle-Angleterre. En 1697, il accompagne Pierre Le Moyne d’Iberville lors de sa dernière campagne à la baie d’Hudson, et de 1699 à 1701 il participe aux expéditions les Le Moyne au Mississipi. Il reçoit son premier commandement en novembre 1701 quand d’Iberville lui confie l’Enflammé pour son voyage de retour en France. En 1702, il est blessé grièvement à l’épaule au cours d’un engagement avec un vaisseau anglais. Il sera fait prisonnier par les Anglais en 1704.

Déjà, son histoire n’est pas banale!

De La Ronde poursuit son service en 1705, comme commandant d’une petite frégate pour harceler les vaisseaux anglais en Acadie et en Nouvelle-Angleterre. Autrement dit, il était corsaire! Sa base est à Port-Royal. En 1706, il a l’audace de se montrer à Boston « sous prétexte de s’informer de ce qui s’estoit fait […] pour les eschanges » de prisonniers. 

En 1708, prenant avec lui 40 hommes arrivés récemment des Antilles, il quitte Port-Royal à bord de la Vénus et capture deux navires d’une valeur totale de plus de 115 000#. Un fortune! Peu après, il effectue une expédition contre les forts anglais de St John’s. (Terre-Neuve), et  le premier de l’an 1709,  la garnison anglaise capitule. La Ronde transporte alors sa base d’opération à Plaisance. En 1710, il appareille à destination de Port-Royal pour apprendre, avant son arrivée, que la ville s’était rendue en octobre. Il va donc retourner à Plaisance, 

En 1711, on lui confie une mission spectaculaire. Comme il parle bien l’anglais, on l’envoie à Boston, porteur d’un drapeau parlementaire, pour négocier un échange de prisonniers. «En réalité, son rôle était de faire de minutieuses observations militaires et d’essayer en même temps de saper clandestinement  la combativité des habitants de la Nouvelle-Angleterre. Il devait suggérer « par manière de conversation » qu’en épousant la cause de la vieille Angleterre en Amérique, les colons ne faisaient qu’utiliser « leurs propres armes à l’anéantissement de la liberté de leurs républiques ». Autrement dit, 65 ans avant la Révolution américaine, il en sème les graines! Bref, c’est un espion, qui de nos jours travaillerait pour la CIA ou le KGB…

Curieusement, personne ne s’opposa à sa présence à Boston, malgré les préparatifs en cours en vue d’une invasion massive du Canada…… «Sir Hovenden Walker dut le prendre pour quelqu’un qu’on pouvait gagner car il lui suggéra d’aider la cause des Anglais en pilotant un vaisseau jusqu’au Saint-Laurent. La Ronde n’était pas probablement homme à dédaigner une telle offre si on y mettait le prix. Mais on ne tarda pas à découvrir une copie de ses instructions. Voyant sa popularité baisser considérablement à partir de ce moment et désireux, comme il devait le prétendre plus tard, de transmettre ses informations aux Français, La Ronde s’enfuit de nuit pour chercher la sécurité au large. » Du pur James Bond avant l’heure!

Hélas, il se fait arrêter et jeter au cachot de Castle William. Attendez la suite: « Bien qu’il ait eu la prévoyance d’avaler le texte original de ses instructions, la General Court of Massachusetts le condamna, après une procédure sommaire, à la pendaison. Entre temps, cependant, la nouvelle de la déroute de Walker était arrivée à Boston. Par compassion, ou influencé peut-être par la pittoresque personnalité de La Ronde, le gouverneur Joseph Dudley intervint et donna au Français une occasion de s’évader. Autrement, il aurait pu payer cher sa téméraire intervention dans les intrigues de la diplomatie internationale en temps de guerre. »

Voilà De la Ronde en fuite sur la mer, jusqu’à la Martinique. Il revint à Plaisance en juillet 1712.

(à suivre…)

Tiré du Dictionnaire Biographique du Canada.