Dans le Tome 2 de mon livre Du Poitou à l’île d’Orléans, je raconterai, entre autres, le mode de vie de François Ferland l’ancêtre des Ferland nord-américains, de son épouse, de ses filles et fils, frères et soeurs, etc. Le présent article est un extrait en primeur d’un des chapitres du Tome 2, qui sortira en mai prochain.

 » Pour compléter ce portrait sommaire de l’environnement domestique au temp des Ferland-Milloir, jetons un coup d’oeil sur des extraits de l’inventaire des biens que Jeanne-Françoise Milloir partageait avec Jacques Paradis au décès de ce dernier. Ces objets se sont forcément retrouvés, pour la plupart, dans la communauté Ferland/Milloir:

En entrant dans la maison, on mentionne d’abord la crémaillère et le gril.

C’est ainsi que font habituellement les notaires, pour marquer l’importance du feu dans un ménage familial. Le poêle ne deviendra courant qu’au siècle suivant. Quant au gril, il est usuel dans les maisons, pour rôtir la viande à la flamme directe, tandis que la poêle, généralement de cuivre, sert pour la cuisson à la flamme indirecte.

Il est dit qu’il y a ensuite un chenet, et un louchet.

La présence du chenet n’étonne pas, puisque le défunt travaillait le métal. On mettait les bûches là-dessus, pour que l’air circule en-dessous et facilite la combustion. Le louchet, bêche de bois étroite armée d’un fer tranchant, pourrait être selon nos sources un substitut à la pelle à feu.

Les ustensiles de cuisine de Jeanne-Françoise, modestes, représentent l’essentiel de l’équipement de la ménagère. Chez les Milloir/Paradis, on mentionne marmite et chaudière, la première pour faire bouillir soupes et ragoûts, la seconde pour la traite des vaches ou le transport des légumes du jardin à la maison. On ne voit ni verres ni gobelets dans l’inventaire, mais ils peuvent en avoir été soustraits. Il y a tout de même une terrine et un pot de terre (argile). Dans la terrine, Jeanne-Françoise va verser le lait après la traite pour ensuite le laisser reposer pendant quelques heures. ‘La partie grasse, la crème, monte en surface. On n’a plus qu’à la retirer avec une cuillère’.

Elle aura ainsi de quoi faire une peu de beurre.

La veuve avait aussi des plats et une douzaine de cuillères, fort probablement en étain, pour une valeur de 10 livres. La présence d’un couloir signifie peut-être que Jeanne-Françoise faisait du caillé de fromage. Faute de mention d’assiette, on peut penser qu’elle y suppléait avec des planches de bois, ce qui était alors assez fréquent.

On servait les mets bouillis dans des écuelles ou des assiettes creuses en étain, mais  aussi dans des plats, comme ceux de Jeanne-Françoise, et on mangeait avec les cuillères. Pas de fourchettes chez elle, mais sûrement le couteau, connu depuis le Moyen-Age, qui sert à couper la viande rôtie et les morceaux de pain. Il s’agit souvent de couteaux pliants, personnels (donc dans les biens propres, et exclus de l’inventaire). Certains inventaires vont faire mention de couteaux de table. »

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