Dans cet extrait du Tome 2 à paraître (livre Du Poitou à l’île d’Orléans), je traite de la table des Ferland-Milloir en 1685:

« L’alimentation humaine, chez les ruraux de l’époque, était à base de soupe aux pois, de pain de froment et de lard salé. Elle ne différait pas beaucoup de celle de la mère-patrie. S’agissant du lard, il apportait des calories essentielles à l’agriculteur qui fournissait souvent, aux champs et aux bois, un effort physique intense.

Quant au grain, on allait le faire moudre au moulin seigneurial, et la farine rapportée était surtout transformée en pain. Grâce aux recherches intensives effectuées par des historiens sur les éléments alimentaires contenus dans les donations, on peut dresser le portrait-type des besoins de base d’un couple en Nouvelle-France sous le régime français:

839 kg de farine (près de 100% des cas)

60 kg de porc (84%)

8,2 kg de beurre (50%)

88 kg de graisse (10%)

pois et fèves (petites quantités)

Les  légumes du jardin comptaient pour beaucoup dans l’alimentation des habitants de la Nouvelle-France. Dans les pensions alimentaires, les oignons et les choux pommés avaient la faveur, le chou se conservant particulièrement bien au frais en hiver.

(…texte omis)

Concernant les desserts, il faut glaner les sources pour s’en faire un portrait. L’historien et fructiculteur Paul-Louis Martin a établi que plusieurs petits fruits sauvages ont été mis à profit. Pensons aux fraises, aux framboises, aux «petites poires» d’amélanchier, récoltées aux bois ou le long des champs, sans oublier les gadelles et les groseilles des jardins. L’atoca donnait des confitures fort prisées, comme aussi le pembina, et les bleuets qu’au surplus on faisait sécher comme provisions d’hiver.

Quant aux arbres fruitiers, l’étude du même auteur évoque leur apparition à l’Île au 17ème siècle, chez Gabriel Gosselin à la pointe ouest. Il y a mention d’arbres fruitiers chez Martin Coté et Suzanne Pagé lors de la donation qu’ils font à leurs fils en 1706. Les pommiers et les pruniers étaient les deux arbres les plus cultivés près des maisons des orléanais, pour leurs fruits frais comme pour le séchage des pommes et des prunes. Faisait-on du cidre aussi? Les inventaires orléanais ne semblent pas en montrer, alors qu’on voit ici et là certaines quantités d’eau-de-vie, dont on ne sait pas la provenance, locale ou extérieure? Quant aux citrouilles, il serait étonnant qu’on n’en ait pas cultivé, étant donné l’influence amérindienne aux alentours de Québec.

(pages 17 et 18)