En 1713, en vertu du traité de paix d’Utrecht, l’Acadie et Terre-Neuve étaient cédés à l’Angleterre et, dans un effort de compenser ses pertes, la France décidait de se lancer dans une nouvelle aventure sur l’île Royale (île du Cap-Breton).  » La Ronde fit la reconnaissance de l’île, faisant des recommandations concernant les lieux de peuplement, dressant des cartes et faisant des rapports sur ses observations. »

Sept ans plus tard, il est nommé comme second du gouverneur Robert-David Gotteville Belile à l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard), pour l’aider à fonder une colonie à cet endroit. En 1722, De la Ronde quitte l’île Saint-Jean pour Boston à la demande de Vaudreuil pour une mission diplomatique dont le but reste obscur. Puis, le successeur de Vaudreuil, Charles de Beauharnois le nomme le 6 juin 1727 commandant de Chagouamigon (près d’Ashland, Wisc.), un poste clé de la traite des fourrures sur la route vers l’OuestMais il ne prendra ce commandement qu’en 1731. Or, voilà qu’en plus de la traite des fourrures, l’espion se fait producteur minier!

« Ayant appris des Indiens de la région et de Jacques Legardeur de Saint-Pierre, officier retraité demeurant sur les lieux, que les îles du lac Supérieur étaient riches en gisements de cuivre, il se mit à recueillir des échantillons et à dresser les plans d’une importante industrie. » Suivront dix années d’activités de type industriel, où la construction de bateaux et le transport de minerai se firent à grands frais. De La Ronde va s’associer à Legardeur de Saint-Pierre et Louis-Mathieu Damours de Clignancour, se mettant d’accord avec eux pour avancer la moitié du capital…qu’il n’avait pas. Il empruntera 25 411# en marchandises à un négociant montréalais, Louis Charly Saint-Ange.

La mine entrera en production, avec un contenu de cuivre pur de plus de 90 p. cent. Le ministre Maurepas lui envoie deux mineurs allemands, John Adam Forster et son fils Christopher Henry, avec instruction de déterminer la praticabilité de l’entreprise. « Leur compte rendu de l’initiative de La Ronde confirma l’existence d’au moins trois riches gisements de cuivre au lac Supérieur mais ils considérèrent que le coût de leur exploitation serait prohibitif. »

Au cours des sept années que De la Ronde passa à entretenir l’espoir des autorités quant au succès de son entreprise minière, « sa seule réalisation fut la construction d’un vaisseau sur le lac Supérieur pouvant transporter aussi bien des fourrures et des articles de traite que du minerai. Le fait qu’il s’appuyait sur des apports financiers provenant de trafiquants de fourrures tous impliqués dans le commerce de l’Ouest est aussi suspect. Les documents officiels laissent supposer que La Ronde prit cette affaire au sérieux, qu’il subit des pertes et qu’en fin de compte il fut vaincu par la géographie du Canada, mais il faut ajouter qu’on peut interpréter les événements d’une autre façon. Une possibilité subsiste que La Ronde se soit servi de l’exploitation minière comme prétexte pour obtenir une concession de traite des fourrures à titre gratuit. »

Après l’échec de son entreprise minière, La Ronde demanda d’être promu commandant dans les troupes de la Marine en Nouvelle-France, de même qu’une promotion pour deux de ses fils, Philippe et Pierre-François-Paul, tous deux officiers. Philippe avait servi à Chagouamigon pendant les absences de son père et lui succéda après sa mort en 1741. En 1734, Mme de La Ronde se rendit en France pour demander une nouvelle prolongation de la concession de son mari, afin qu’elle et ses fils puissent rembourser à Charly les 30 000# qui, d’après elle, lui étaient toujours dues. (…) On afferma à son mari la traite des fourrures à Chagouamigon pour 3 000#, de 1744 à 1748, et pour un tiers de sa production, de 1748 à 1751.

De La Ronde fut un officier courageux acif sur l’ensemble de l’empire français en Amérique, un  diplomate, un exploration et un entrepreneur  (…) « Le mystère qui entoure aussi bien les motifs sous-jacents à ses initiatives minières que les contacts qu’il eut en Nouvelle-Angleterre et la prétendue connivence qui le liait là-bas, rend sa carrière encore plus fascinante. »

Tiré du DBC.